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"ON DANƒE"
Un spectacle de José Montalvo et Dominique Hervieu
Création 2005
Chorégraphie, José Montalvo et Dominique Hervieu
Scénographie et conception vidéo, José Montalvo
Costumes, Dominique Hervieu
en collaboration avec Julie Scobelzine et Emilie Kindt-Larsen
Musique, Jean-Philippe Rameau
Créations sonores, Catherine Lagarde
Lumières, Vincent Paoli
Conseiller dramaturgique, Louis-José Lestocart
Conseillère à la danse baroque, Cécilia Gracio Moura
Infographie, Basile Maffone, Mathilde Germi, Jean-François Théault
Assistant vidéo, Etienne Aussel
Assistante répétitrice, Joëlle Iffrig
Directeur technique, Yves Favier
Avec 16 interprètes
Abdallah Akindouch (Azil), Salah Benlemqawanssa, Delphine Caron ou
Ahmed Khemis (en alternance), Katia Charmeaux, Emeline Colonna, Court
circuit, Serge Dupont-Tsakap, Fonky Foued, Marjorie Hannoteaux, Muriel
Henry, Blaise Kouakou, Hajar Nouma, P. Lock, Chantal Loial ou Merlin
Nyakam (en alternance), Pascal Sogny, Véronica Vallecillo ou Sharon Sultan
(en alternance).
Coproduction
Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne/Compagnie
Montalvo-Hervieu, Théâtre National de Chaillot, Le Grand Théâtre de Luxembourg,
Le Théâtre-Scène Nationale de Narbonne, Les Gémeaux/Sceaux/ Scène Nationale,
Le Duo/Dijon. Avec le soutien de la Caisse des Dépôts et Consignations.
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ON DANƒE
Une œuvre pour le plaisir
Avec « On danfe », nous tentons d’emporter le public sur la planète de l’euphorie légère, de l’extravagance, de la volupté sonore et dansée, au coeur de l’oeuvre de Rameau convoquant des musiques des Indes Galantes, des Fêtes d’Hébé, Castor et Pollux et bien d’autres.
Dans notre nouvelle création, et après l’extraordinaire aventure de mise en scène de l’opéra des Paladins en collaboration avec les Arts Florissants et William Christie, nous proposons un éclairage différent, un autre angle d’approche de l’univers "ramiste". Avec humour, nous souhaitons faire émerger dans ce spectacle la sensualité, l’hédonisme et le libertinage intellectuel qui circulent dans l’oeuvre du compositeur. On danfe peut être vu comme l’écho, le commentaire onirique, visuel qui résonne et rebondit sur Les Paladins, mais plus largement sur l’ensemble de l’oeuvre de Rameau, puisque d’autres musiques du compositeur sont convoquées, dialoguant avec l’univers sonore contemporain et ludique de Catherine Lagarde. L’image vidéo est très présente dans ce spectacle puisqu’à sa façon elle nous permet d’exaucer les voeux les plus secrets du théâtre des enchantements. La « Fée technologique » (qui a succédé à la « Fée électricité »), avec ses pouvoirs de projection, de montage, de collage nous permet ainsi de réinventer un monde sensible où l’image et le corps se rencontrent dans un dialogue fantastique et malicieux. Mais, à l’époque comme de nos jours, le « spectacle baroque » reste toujours travaillé par un trouble, une interrogation sur les puissances de l’illusion, le réel et ses représentations. Nous tentons donc de retrouver l’esprit ramiste au feu et au souffle du présent, de prolonger son geste, suivre son impulsion, qui invite à la fantaisie, l’association, la liberté, la « subtile jubilation des plaisirs maîtrisés ». Dans cette ambition un peu folle, s’exprime avant tout la volonté de mettre en oeuvre les pouvoirs sensuels de la musique. Que faire d’autre aujourd’hui sinon reconduire ce geste avec nos propres moyens, et mettre en oeuvre toute la force de la sensualité dans la danse, les images et la mise en scène ? La ligne chorégraphique prendra chair avec 13 danseurs et 4 comédiens, qui mélangent les pratiques corporelles, danseurs de styles différents (danse classique, danse contemporaine, hip-hop, danse africaine, comédiens, capoeiristes, …), jouant et jubilant de l’art du mélange et de la diversité des styles, des sensibilités et des identités artistiques. Nous vivons avec ces 17 interprètes l’aventure de la rencontre avec l’oeuvre de Rameau comme une chance de donner de nouveaux enjeux expressifs et créatifs à notre écriture chorégraphique. Nous confronter à la musique de Rameau constitue un véritable voyage, où nos corps, nos imaginaires, nos regards, se tendent vers le passé pour s’y ressourcer et se réinventer. Ce voyage nous invite aujourd’hui encore, plus que jamais, à rêver donnant ainsi toutes les chances à l’invention au présent.
José Montalvo et Dominique Hervieu
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ON DANƒE
une esthétique du plaisir
A travers la musique solaire de Jean-Philippe Rameau, José Montalvo et Dominique Hervieu ont imaginé un spectacle extravagant et sensuel. Quand la jubilation des corps et de la vidéo révèle le libertinage intellectuel d’un XVIIIe siècle rêvé, fantasmé.
En montant l’opéra Les Paladins avec William Christie et les Arts Florissants au Théâtre du Châtelet, José Montalvo et Dominique Hervieu ont eu un choc pour l’univers de Rameau. « Rameau déplace les règles dans un esprit de jubilation, il est le chantre du présent du plaisir », note José Montalvo.
Jean-Philippe Rameau, un complice
Chez le maître de musique du Siècle des Lumières, les deux chorégraphes ont trouvé un complice. Plus exactement chez le compositeur des Paladins qui, à soixante-dix-sept ans, trouve une énergie, une verve parodique et un humour très éloignés de l’image du théoricien sérieux et hautain que l’on a de lui. Dans cet opéra, où la danse a une place prépondérante, le compositeur se moque ouvertement des règles de la tragédie lyrique et se pastiche lui-même. Dépositaire de l’esthétique du plaisir, fragile utopie qui permet d’entrevoir l’esthétique de son temps, Jean-Philippe Rameau crée un monde, savant et léger, animé par un comique du non-sens, dans lequel nos deux chorégraphes ont très vite repéré un écho à leur propre univers.
On danfe, une nouvelle création
Dans leur nouvelle création On danfe, José Montalvo et Dominique Hervieu nous proposent un éclairage différent, un autre angle d’approche de l’univers "ramiste" qui redouble d’imagination, de fantaisies, de délire. Avec humour, ils font émerger dans ce spectacle la sensualité, l’hédonisme et le libertinage intellectuel qui circulent dans l’œuvre du compositeur. Ils revitalisent l’extravagance des ballets de cour, au cœur d’un imaginaire, d’une sensibilité, d’une pensée de notre temps.
« Notre projet consiste à transformer la logique de l’opéra en " la débordant " dans une perturbation qui réintroduit de l’innovation, de la liberté créatrice », note Dominique Hervieu. « On danfe peut être vu comme l’écho, le commentaire onirique, visuel qui résonne et rebondit sur Les Paladins, mais plus largement sur l’ensemble de l’œuvre de Rameau, puisque d’autres musiques du compositeur sont convoquées, dialoguant avec l’univers sonore contemporain et ludique de Catherine Lagarde. »
Qu’ont trouvé nos deux chorégraphes dans l’esprit de Rameau qui aiguillonne autant leur créativité ? C’est un esprit qui joue avec la mémoire pour nourrir l’invention, qui clame son goût pour la vie qui jaillit du mélange des genres, des registres et des styles, qui clame son amour pour la musique et la danse. Il professe que le plaisir peut être intelligent et déclare, d’un ton libre et sans égards pour les puissants, que tout est illusion. Enfin il fait l’étonnant pari de tenir l’esprit, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement.
Délire d’images et de mouvements
« Dans ce nouveau spectacle, on tente d’aller encore plus loin dans l’exubérance. Cette extravagance traduit, avec des moyens d’aujourd’hui et notre sensibilité contemporaine, une certaine philosophie du plaisir que nous aimons lire dans le XVIIIe siècle », affirment-ils. « Nous tenterons dans une jubilation d’écriture et de rêve, de pousser à bout l’esprit "ramiste" dans la loufoquerie, la surabondance, l’illusion. »
Cet afflux de fantaisie a révélé la nécessité d’une ossature très rigoureuse sur le plan de l’architecture de l’œuvre, mais non contraignante sur le plan de l’imaginaire. Les chorégraphes se sont entendus sur la forme d’un abécédaire. A comme Amour, M comme Magicien… « Pour le moment nous n’avons pas décidé si la construction suivra sérieusement les lettres de l’alphabet ou, si de manière plus fantasque, elle jouera à la marelle avec les lettres, pianotera sur les images, ira d’un mot à l’autre », indique José Montalvo. Un semblant d’ordre donc dans un délire d’images et de mouvements. Une manière d’entrer dans l’essentiel par fulgurances poétiques. « L’abécédaire est aussi un style de pensée », ajoute José Montalvo. « Il permet, selon le titre célèbre de Gilles Deleuze (Différence et répétitions), de tourner, par entrées successives, autour de situations et d’idées, en multipliant les angles, en appréciant les écarts. Une autre façon de tourner autour de l’univers "ramiste" ».
On danfe, danfons, comme "dans le fond" ou "double fond"
Le titre du spectacle, On danfe (avec ce "s" stylisé du XVIIIe siècle qui ressemble à un f), nous renvoie à la partition. C’est Rameau lui-même qui, au moment d’introduire ses nombreux passages dansés à grand renfort de gavottes, de passe-pieds ou de gigues, inscrit le délicieux " danfons " après ses chœurs et ses ariettes. Un mot qui sonne comme " dans le fond " car la danse chez Rameau est plus un moment de vérité théâtrale qu’un divertissement intercalaire. Un mot qui sonne aussi comme " double-fond " car la vérité n’y est pas visible du premier coup d’œil. Le jeu des transformations et des métamorphoses embrouille pour mieux révéler.
Théâtre dans le théâtre, le spectacle des spectacles trouve ici merveilleusement sa place, et devient un art de répondre à l’envahissement du semblant par un semblant plus élaboré, plus élégant, de combattre l’illusion en déployant à l’excès les moyens même de l’illusion.
Métamorphoses, morphing et vidéo
C’est dans un monde loufoque que les ballets de cours, qui irriguent la tragédie lyrique jusqu’à Rameau, nous invitent à pénétrer. C’est le monde des formes en mouvement auquel commande Circé, déesse des métamorphoses, puissante magicienne issue de l’Odyssée d’Homère, qui d’un homme fait un animal et de nouveau un homme. Monde d’extravagance qui, à travers ses bouffonneries, questionne les identités comme le rappelle Jean Rousset dans son livre La Littérature à l’âge baroque en France.
Univers sujet aux transformations, que José Montalvo a traduit en morphing dans ses images vidéo.
Subtile jubilation du plaisir maîtrisé
L’esthétique du plaisir qui triomphe dans sa plénitude, des Indes Galantes aux Boréades, s’appuie, chez Rameau, sur l’association entre sensualité et culture. Cette association sera un des enjeux de l’art français à cette époque, et en premier lieu dans l’œuvre de Rameau.
Cette philosophie sensualiste constitue un des moteurs de On danfe et révèle que le plaisir, dansé et joué, n’exclut ni la richesse inventive de la composition, ni l’exigence d’invention. La morale du plaisir "ramiste", pour Montalvo et Hervieu, est beaucoup plus qu’une période historique. Elle représente plutôt une catégorie de la sensibilité, du goût, de la sensation. Elle n’a de sens qu’à être réinventée au présent. Sans nostalgie, ni désir de reconstitution historique. Mais plutôt comme tremplin, sans cesse réactualisé, de la pensée la plus libre et du goût le plus raffiné. C’est une façon, de célébrer par une danse, à la fois effrénée et réglée, la subtile jubilation du plaisir maîtrisé.
Moi, métis
Au moment de Paradis, José Montalvo et Dominique Hervieu parlaient beaucoup de confrontation et de mélange de pratiques corporelles, d’imaginaires et d’époques. Ce mélange avait une résonance politique qui rappelait leur engagement social, puisque les pratiques corporelles ne sont jamais neutres. Elles impliquaient des enjeux symboliques puissants, de domination et d’exclusion. Toujours au cœur du métissage, ils soulignent davantage aujourd’hui la multiplicité des identités de chaque être. En nous interrogeant : l’identité d’un danseur se construit-elle aujourd’hui à partir d’une seule pratique, ou depuis un croisement de pratiques plurielles ? Chaque interprète devient un champ de force en confrontation et en mouvement, un " moi métis ". A l’instar de Montaigne, il semble nous dire, si je peux comprendre les autres c’est parce que je suis un autre que moi, ou encore « un honnête homme est un homme mêlé ».
Oliver Bellamy
Paru dans « Le journal de Chaillot n°5 », décembre 2004. |
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